Les gens luttent contre leur poids pendant des années et ils perdent. Et ce n’est pas une question de paresse

Cédric Marchand entraîne depuis quinze ans — d’abord dans une salle miteuse de la banlieue de Lyon, aujourd’hui dans son propre petit studio. Des centaines de personnes sont passées entre ses mains : des jeunes filles qui veulent « être prêtes pour l’été » aux hommes de près de cent kilos à qui le médecin a dit « tu maigris, ou tu vas au-devant des ennuis ». On a discuté avec lui sans chichis — de pourquoi les régimes ne tiennent pas, de ce qui a vraiment changé dans l’approche de la perte de graisse, et de pourquoi il a arrêté de croire au « mange moins, point ».
On leur a menti toute leur vie
Cédric, les gens qui viennent te voir ont déjà essayé de maigrir cent fois. Pourquoi ça n’a jamais marché ?
Parce qu’on leur a menti toute leur vie avec une formule bête : mange moins, bouge plus. Ça marche — trois semaines. Ensuite le corps passe en mode économie. La personne mange sa petite salade et le poids ne bouge plus. Elle craque, elle reprend tout avec les intérêts. Et elle se prend pour une loque. Mais ce n’est pas une loque — son corps est fait de telle façon qu’il protège la graisse comme si c’était la dernière réserve avant l’hiver.
Donc ce n’est pas une question de volonté ?
De la volonté, il y en a chez tous ceux qui débarquent à la salle à sept heures du matin avant le boulot. Le problème n’est pas le caractère, ce sont les hormones. La faim, ce n’est pas « j’ai envie », c’est de la chimie. Quand tu coupes les calories à zéro, ton hormone de la faim grimpe, la satiété s’effondre, et tu ne peux physiquement penser à rien d’autre qu’à la nourriture. Je le vois sur mes clients depuis des années.
Ce qui a changé : le travail « de l’intérieur
Et qu’est-ce qui a changé ? Tu dis que l’approche est différente maintenant.
Avant, on travaillait seulement de l’extérieur — la charge, le déficit, le cardio. Maintenant on commence à comprendre ce qui se passe à l’intérieur. Il y a des hormones de l’intestin qui disent au cerveau « c’est bon, j’ai assez mangé ». Chez les personnes en surpoids, ce système déraille — le signal est faible, et la personne continue à manger alors qu’elle est déjà rassasiée. Tout le sujet actuel tourne autour de l’idée de renforcer ce signal.
Tu t’es plongé aussi loin dans la biochimie ? Étonnant pour un coach.
Pas le choix. Les clients arrivent et me posent des questions sur toutes les nouveautés dont on parle sur internet. Je suis obligé de comprendre de quoi il retourne, ne serait-ce que pour les mettre en garde. Pour faire simple, il y a trois leviers. L’un coupe l’appétit, le deuxième aide à bien assimiler le sucre, et le troisième, le plus intéressant, accélère la dépense d’énergie. Quand les trois marchent en même temps, le corps demande moins et dépense plus. C’est un tout autre calcul que « pédale et serre les dents ».
Le revers de la médaille
Ça ressemble au rêve de n’importe qui qui veut maigrir.
Là, je freine toujours les gens. Oui, le mécanisme est puissant. Mais je suis coach, je vois le revers de la médaille. Quand le poids part trop vite, c’est du muscle qui brûle en même temps que la graisse. La personne est plus légère, mais dans le miroir elle est molle et faible. Alors j’ai une règle en béton : toute histoire de perte de poids sans musculation et sans protéines correctes, c’est la route vers « maigre, mais mal en point ». Le muscle, il faut toujours le garder.
On vient te voir avec des questions sur ces nouveaux produits ?
Tout le temps. Et je le dis franchement : les gars, une partie de ces trucs n’est pas encore vraiment étudiée à fond, et par endroits ils ne sont même pas officiellement autorisés comme médicament. Courir après la dernière nouveauté parce qu’un influenceur a montré moins vingt kilos, c’est bête. Je suis pour que la personne comprenne d’abord son propre organisme, fasse des analyses, comprenne ce qui cloche précisément chez elle. Pas pour qu’elle s’injecte n’importe quoi d’après une vidéo sur son téléphone.
Ce qui marche vraiment
Alors qu’est-ce qui marche à coup sûr, sans cette course à la nouveauté ?
Des trucs ennuyeux que personne ne veut entendre. Le sommeil. Sérieusement — le manque de sommeil fait grimper cette fameuse hormone de la faim, et voilà, tu es condamné à trop manger. Des protéines à chaque repas. De la musculation deux ou trois fois par semaine pour garder le muscle. Et du mouvement au quotidien — pas « se tuer au cardio », juste marcher plus. C’est la base. N’importe quel produit, même le plus avancé, sans cette base, c’est de l’argent jeté par la fenêtre.
Et si la personne se décide quand même pour une aide médicamenteuse ?
Alors seulement via un médecin et avec la tête sur les épaules. Pas « le voisin en a pris, donc moi aussi ». L’organisme est différent chez chacun, les doses sont différentes, les réactions aussi. Certains, les premières semaines, ont tellement la nausée qu’il n’y a pas de quoi se réjouir. Ce n’est pas un jeu. Mon domaine, c’est la salle, la nutrition, le rythme de vie. Tout ce qui touche aux produits, c’est du ressort du spécialiste, et j’envoie toujours mes clients là-bas.
Ton conseil principal à ceux qui en ont marre de lutter contre leur poids ?
Arrête de te détester. Tu n’es pas faible — tu combattais juste le mauvais adversaire. Comprends comment fonctionne ton corps à toi, construis la base — sommeil, alimentation, entraînement. Et si tu as besoin d’un coup de pouce en plus, ne cherche pas une pilule miracle sur internet, cherche une personne compétente qui regardera ton cas à toi. Il n’y a pas de raccourci, mais il y a un vrai chemin, et il marche pour de bon.



